Archives de 16 mars 2022

MARIO DUFRESNE
Directeur CATTARA POINT DE VUE /

 

Au début du mois de février, le gouvernement Legault, par l’entremise de son ministre des Transports, François Bonnardel, était tout fier d’annoncer qu’il avait « entendu » ceux qui se plaignaient de l’iniquité qui frappait les personnes invalides suite à un accident de la route, dès qu’elles atteignaient l’âge de 65 ans. Dorénavant, elles continueront d’être indemnisées jusqu’à leur décès! Sans réduction des sommes qui leur seront versées lorsqu’elles auront l’âge de toucher leur pension de vieillesse. Tant mieux.

Mais pourquoi les accidentés du travail n’ont-ils pas droit au même traitement? Est-ce que finir ses jours en chaise roulante est moins souffrant si l’accident s’est produit sur le lieu de travail, plutôt que sur la route? Non, bien sûr. Donc, essayons d’y voir plus clair.

Tout d’abord, remontons un peu en arrière, histoire de bien comprendre et être en mesure de comparer. 

Prenons l’exemple de Jean-Pierre (nom fictif, mais cas réel). Jean-Pierre travaille sur la construction. En 2008, alors qu’il est à installer une poutrelle, il fait une chute d’une quinzaine de mètres qui lui vaut des mois de réhabilitation. À plusieurs reprises, il tente de retourner au travail dans des emplois dits « convenables » dans le jargon de la CNESST, c’est-à-dire adaptés à ses capacités. Mais peine perdue, il doit se rendre à l’évidence, il ne pourra plus travailler. La CNESST lui verse alors ses indemnités de remplacement de revenu (IRR), soit 90% de son salaire net, qu’il touchera jusqu’à l’âge de 65 ans. Ensuite, son IRR sera amputé de 25%, à 66 ans ce sera 50%, puis 75% et finalement rendu à 68 ans plus rien. Il aura sa pension de vieillesse et sa rente du Québec. Ne sautez pas aussi vite aux conclusions, car on est loin du pactole. Depuis 2008 (année de son accident), Jean-Pierre n’a pas cotisé à sa rente du Québec, puisqu’il ne travaillait pas. De plus, il a été travailleur autonome un bout de temps, avant d’aller sur la construction. Résultat: une rente de 161$ par mois.

Or, si Jean-Pierre s’était retrouvé dans la même situation, mais à cause d’un accident de la route, il aurait continué à toucher ses indemnités de remplacement de revenu jusqu’à son décès. Je repose ma question: pourquoi ces deux poids deux mesures?

Maintenant, réécoutons les paroles du ministre Bonnardel. « Ce projet de loi permet de corriger une erreur commise par les gouvernements précédents et qui a des conséquences financières majeures pour les victimes de plus de 67 ans.» Dans le même communiqué, émis par son ministère, on insiste que ces modifications auront pour effet de permettre aux accidentés de la route d’avoir « une retraite décente alors que, depuis 1990, elles n’ont plus accès à l’indemnité de remplacement du revenu à 68 ans.»

Est-ce que François Bonnardel adressait aussi son message au ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, et responsable de la CNESST, Jean Boulet?

Bref, le traitement réservé aux accidentés de la route âgés de plus de 65 ans depuis 1990 est jugé inéquitable. Soit. Et celui réservé aux victimes d’un accident du travail dans ce même groupe d’âge serait, lui, équitable? Pour Jean Boulet, il semblerait que oui…

Ah j’oubliais, Jean-Pierre a 63 ans. Donc, Monsieur le ministre, il vous reste deux ans seulement pour corriger cette situation et faire en sorte que Jean-Pierre puisse jouir d’une retraite paisible, confortablement installé dans… sa chaise roulante. 

Paru dans : Le Soleil et La Tribune le 23 février 2022